N.B. le document ci-dessous est reproduit tel qu’écrit.

Pierre à Georges

La pound

En 1884 la municipalité d’Argyle décida de construire une fourrière («la pound») à Pubnico-Ouest. Le conseiller Mathurin d’Entremont fit la demande (Voir l’article du régistre du 6 mai 1884).
Une fourrière est un enclos, dans ce cas-ci en pierre des champs, servant à garder les animaux (vaches, moutons etc.) qui s’étaient échappés de leur parc et erraient dans le village. Pour réclamer ces animaux, les propriétaires devaient payer une redevance.
La nomination pour le poste de gardien de la fourrière se faisait au mois de janvier de chaque année, sauf une fois en mai 1931.
La fourrière fut démolie en 1947. Les pierres ont servi à la fondation du nouveau garage de Sylvester Amirault. Aujourd’hui, son fils Nicolas en est le propriétaire.
Extrait de D’autres oubliés de notre patrimoine écrit par Rosaline LeBlanc (p. 164).

Son vrai nom était Pierre Avite Amirault, mais tout le monde l’appelait Pierre à Georges pour la simple raison qu’il était fils de Georges Amirault et descendait en ligne directe d’Ange Amirault dont le grand-père François Amirault, l’ancêtre de tous les Amirault d’Amérique du Nord, avait quitté la France vers le milieu du 17e siècle pour venir en Acadie. Pierre avait deux frères, Charles Amand et Joseph, qui demeuraient près de lui, de l’autre côté du chemin, au centre du village de Pubnico-Ouest. Toussaint, Volusien et Jacques étaient ses cousins.

Jeune homme, Pierre s’en alla aux États-Unis faire la pêche à Gloucester où il rencontra et épousa Madeleine Samson, elle-même originaire de l’Ardoise au Cap-Breton. Un peu plus tard, les deux vinrent s’établir à Pubnico où ils passèrent le reste de leur vie. Pour se loger, Pierre fit haler la vieille école qui se trouvait à l’endroit où, quelques années plus tard, on plaça la fourrière, sorte d’enclos pour enfermer les animaux laissés sans surveillance dans les chemins qu’à Pubnico on a toujours appelé la «Pound». Ce site se trouvait au nord et tout près du musée. Cette vieille école avait été la première à être construite dans la partie nord du village (il y en avait une autre dans la partie sud) et, d’après le Père Clarence d’Entremont, elle servit jusqu’à l’année 1877.

Dans la suite, voyant qu’ils n’allaient pas avoir d’enfants, M. et Mme Amirault prirent comme héritier Éloi d’Eon, fils d’Anselme d’Eon, dont l’épouse était Nellie Surette, fille d’Henri Surette du village. Dans le temps, Éloi et sa femme demeuraient aux États-Unis. Leur fille Lena, madame Alfred B. d’Entremont, dit qu’elle n’était qu’une petite fille quand ils quittèrent les États-Unis pour s’en revenir au Canada.

À Pubnico, Pierre continua à vivre de la mer d’une façon ou d’une autre. Il fut le propriétaire de quelques bateaux, des petits bateaux à voiles qu’en anglais on appelait des «sail boats». Le premier, par exemple, nommé «Hattie Emeline», n’était qu’un bateau de dix tonneaux. Il en eut un autre qui aurait mesuré quarante-cinq pieds de longueur. Celui-ci avait un mât mais n’était pas ponté, et il avait été bâti, dit-on, par Dauphin Surette. Ce bateau pouvait porter un équipage de quatre à cinq hommes qui faisaient la pêche au large de la Grande-Île, étant partis une semaine à la fois.

Quaqueniche

Le centre de pêche à Abbott’s Harbour, Pubnico-Ouest. Nos gens ont plutôt conservé le nom amérindien «Quaqueniche» pour désigner ce lieu.
Extrait de Histoires de chez-nous, faits et anecdotes d’un temps qui n’est plus écrit par Désiré d’Eon (p. 30).

C’est dans ce bateau que Mandé à Landrie d’Entremont avait passé un printemps à acheter des homards pour Charles Amirault et son frère Jerry qui s’étaient fait construire une homarderie au «Quagueniche» pour mettre en conserve les petits homards. A cette date, on pouvait encore prendre ces petits homards. Un certain George Shand, qui n’était pas de Pubnico, en avait une autre au même endroit. Celle-ci passa au feu un jour, mais elle fut reconstruite puis plus tard vendue à John Neville d’Halifax. On trouve encore des personnes dans le village, hommes et femmes, qui travaillaient dans ces homarderies… avec de bien faibles récompenses au point de vue argent.

Comme nous venons de le dire, pour faire l’achat des homards chez les pêcheurs des environs, Charles et Jerry avaient engagé les services de Pierre à Georges et son canot, avec Mandé comme assistant. Pierre connaissait bien les choses qui se rapportent à la mer. Il était aussi assez bon charpentier, puisqu’il pouvait construire un bateau, mais il ne pouvait pas lire ni écrire. Pour cette partie de la besogne il dépendait sur Mandé. Alors chaque jour Mandé payait les pêcheurs pour les homards qu’ils vendaient et en faisaient une liste qu’il présentait le soir aux propriétaires de la homarderie. Mandé dit qu’il avait probablement 17 ans dans le temps.

Pierre à Georges n’était pas un homme qui parlait inutilement. Si son employé faisait une faute, il lui disait simplement de ne pas répéter cette faute. Apparemment aussi, il avait comme devise que si l’on veut apprendre une chose comme il faut, le meilleur moyen c’est de l’apprendre par soi-même. À ce sujet, Mandé aime à raconter cet incident qui lui arriva un jour. En passant près de l’île de Pomcoup, qui est située à l’entrée du havre, Pierre voulut s’y arrêter pour saluer un ami, un nommé Abbott qui demeurait sur cette île.

La-Grande-Île

Le rivage du sud-ouest est lavé par les eaux de l’Océan Atlantique et de la Baie de Fundy. En voici La Grande-Île, communément appelée «le coude de la Baie de Fundy».
Aucune partie des rivages du comté de Yarmouth est dans les limites de la Baie de Fundy et aucun géographe décrirait la Grande-Île comme «coude» de la Baie de Fundy. M. Campbell a emprunté cette erreure à qualité romantique de «Sam Slick». La Grande-Île constitue un groupe d’îles et la Baie de Fundy se trouve en dessous d’une ligne tracée de Brier’s Island à Grand Manan.
Traduit de Yarmouth, Nova Scotia: A Sequel To Campbell’s History écrit par George S. Brown (p. 29).

Il accosta donc à l’endroit désigné, puis laissa le canot au soin de Mandé qui, pour s’amuser, se mit à naviguer le long de la côte, sans trop s’en éloigner. Malheureusement, dans ces parages, il y avait une grosse roche qui restait cachée à marée haute. Bien sûr, Mandé ne manqua pas d’accrocher la roche sans toutefois faire grand mal au canot. Mais Pierre avait bien vu ce qui était arrivé. Toutefois, la seule réprimande qu’il adressa à son engagé fut celle-ci: «C’est juste là qu’elle est la roche; vas-tu t’en souvenir?» Mandé dit qu’il entendit ces paroles bien clairement.

Mandé raconte cette autre anecdote au sujet de Pierre. Un jour que le temps était beaucoup brumeux, Pierre à Georges remontait le havre de Pubnico pour se rendre au «grand quai». En passant près des îles que l’on aperçoit le côté ouest du havre, notre navigateur vint tout près de se jeter sur une de ces îles. Pas du tout satisfait d’avoir fait une telle gaucherie, il attrapa le compas et l’envoya par-dessus bord en l’accompagnant de la malédiction suivante: «Ma maudite boussole, tu m’as trompé une fois; tu me tromperas jamais davantage». (Boussole est le mot moderne pour ce que nos pêcheurs appellent un «compas». Alors, on ne peut pas dire que Pierre ne connaissait pas son français).

Une autre fois qu’il était occupé à faire des réparations à son canot amarré au quai, Pierre échappa, par mégarde, sa scie qui plongea au fond de la mer. Sans hésiter, il empoignait son marteau et le lança à la suite de la scie, en disant: «Si la scie veut sauter à l’eau, aussi bien que tu y ailles, toi aussi». Plus tard, a la marée basse, il alla ramasser les deux.

Il y avait une catégorie de monde que Pierre à Georges détestait: les passants. À cette époque, c’était chose commune que de voir des mendiants se promener dans la village cherchant l’aumône. Certains d’entre eux revenaient au pays d’année après année. Or parmi ces passants il s’en trouvait parfois qui se présentaient en «naufragés de la Bourgogne». La Bourgogne, parait-il, était le nom d’un bateau qui dans les années passées avait fait naufrage sur les côtes de la Nouvelle-Écosse. Alors quoi de plus simple pour attirer la pitié des villageois que de se dire «naufragé de la Bourgogne» quand ils frappaient à la porte des familles. Et c’est un de ces passants qui un jour vint frapper à la porte chez Pierre Amirault. Il ne fut pas trop bien reçu: «T’en semble un beau naufragé,» fit Pierre. «T’es soit un pouilloux de …. ou bien un crassous de …. et foute ton camp hors d’ici». Le passant ne revint jamais frapper à la porte de Pierre à Georges.

Dons
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