N.B. le document ci-dessous est reproduit tel qu’écrit.

L’Île Rouge

L’Île Rouge est un nom bien connu en notre coin du pays. C’est une île qui est située à quelques milles à l’ouest de Abbott’s Harbour, centre de pêche du côté ouest du village que nous appelons encore «Quagueniche» de son nom indien, et qui gardera toujours un cachet spécial pour les gens de notre paroisse, principalement à cause du fait que l’un d’eux, Charles Amand Amirault, y fut gardien de phare pendant de longues années.

Charles-Amand-Amirault

Charles Amand Amirault
né: le 3 novembre 1850
décédé: 1935
père: George-Edouard Amirault
mère: Marie Marthe Surette
Marie Mabel Amirault (sa fille)
née: le 20 janvier 1887
décédée: 1969
Les Enfants dans la photo étaient des voisins: Delbée d’Entremont et Hubert d’Entremont.

Dans son «Histoire du compté de Yarmouth», publiée en 1876, Campbell nous dit qu’avant l’année 1830 il n’existait aucun phare en notre compté. La Grand’Île eut l’honneur d’avoir le premier en cette même année. Le havre de Yarmouth eut le sien en 1839; celui qui est à l’entrée du havre de Pubnico date de 1854; celui de l’Île à Morue, non loin de Wedgeport, fut installé en 1864; et celui de l’Île Rouge en 1874.

D’après des renseignements reçus d’Ottawa, le premier gardien de L’Île Rouge fut un certain Isaac Montague qui n’y resta qu’un an. Il fut remplacé par Herman Hamilton jusqu’en novembre 1877. Après cette date les noms des gardiens manquent, c’est-à-dire qu’il est difficile de trouver des sources qui le diraient. On sait toutefois, que Charles Amand Amirault y fut nommé en 1896 et que, avec sa famille, il devait y passer 24 ans – de 1896 à 1920.

Charles Amand était un frère de Pierre à Georges Amirault et avait épousé Malvina d’Entremont, fille de défunt Anathanase d’Entremont, donc une soeur de Fidèle d’Entremont, le père de Georgie, Louis Edgar et les autres. Ils eurent six enfants: Cornelius, Mabel, Willie, Rufus, Georges et Ida. Il ne reste personne de cette famille. Cornelius s’en alla jeune aux États où il passa le reste de sa vie. Mabel mourut en 1969. Willie se fit tuer par une automobile sur la route en 1951. Rufus mourut tout jeune d’une colique, comme on disait alors. Georges se noya vers le même temps, tout près de l’île. La petite Ida, malade de naissance, s’éteignit à l’âge de deux ans. M. Amirault lui-même mourut en 1935 et Mme Amirault en 1948. Ils étaient alors revenus dans leurs maison, au village.

Georgie à Fidèle, un cousin de la famille, dit que lorsqu’il était jeune garçon il allait parfois se promener sur l’Île Rouge. Il se rappelle avoir enseveli son cousin Rufus quand celui-ci mourut. Il se souvient aussi de la noyade de Georges, ce qui fut un bien triste événement pour la famille. Voici comment cet incident arriva.

Le jeune Georges et un compagnon d’Argyle, Harry Fletcher, étaient à s’amuser dans un petit canot près de l’île. A un moment donné, ils se décidèrent de faire le tour de l’île. Ce jour-là il ventait un peu. Malvina et Mabel les surveillaient de temps en temps. Quand il furent parvenus à l’ouest de l’île le canot chavira. Malvina et Mabel donnèrent aussitôt l’alarme et Willie, qui se trouvait à la côte, sauta dans son canot et se hâta à toute vitesse vers les deux malheureux qui se débattaient dans l’eau, mais ne put arriver à temps pour attraper son frère. Le compagnon fut sauvé, toutefois. On ne retrouva jamais le corps de Georges.

LÎle-Rouge-phare

«Whitehead», connu sous le nom de L’Île Rouge par les gens de Pubnico, se situe à presque deux kilomètres à l’ouest du «Quoggeniche». Cette île est très visible de la terre ferme.
Le phare fut construit en 1876. Il y eut une lumière sur cette île à partir de 1874. Le phare devint automatique en 1986. En 1912 on installa une corne de brume. L’intérêt que suscite cette île provient du fait que Charles Armand Amirault, natif de Pubnico-Ouest, en fut le gardien de 1896 à 1920.
Le feu ravagea le phare en 1952. Ce phare fut reconstruit de bois en 1952. Il est maintenant rendu à Saint-Jean, N.B. comme pièce de collection.
Pourquoi, depuis longtemps et encore aujourd’hui, nomme-t-on cette île, l’Île Rouge? À cette question on ne semble trouver de réponse. Selon Désiré d’Eon, qui a fait des recherches sur le phare, on croit que la lumière était rouge dans ses débuts. C’est peut-être là qu’il faut chercher la réponse à la question.
Extrait de D’autres oubliés de notre patrimoine écrit par Roseline LeBlanc (p. 109).

C’était une vie bien isolée et monotone pour une famille de gardien de phare en ces temps-là, surtout quand ce phare était situé sur une île, car il n’y avait ni radio, ni télévision, ni pas même de téléphone. Pour le cas de l’Île Rouge, le seul moyen de communication que l’on possédait était le canot et en hiver surtout la traversée de l’Île Rouge au village n’était pas toujours facile. Un certain hiver par exemple, on fut six semaines sans pouvoir s’éloigner de l’île, tellement il y avait de glace dans la baie. C’est probablement en cet même hiver que Willie était venu à manquer de tabac et avait fini par fumer tout le thé qui restait dans la maison! Ce même hiver aussi, sans doute, que Malvina avait dû se faire elle-même un calendrier, car personne avait pu se rendre au village pour en chercher un.

Même en été, Malvina et Mabel ne sortaient pas souvent de l’île. Elles essayaient toujours de se rendre à l’église le dimanche quand elles le pouvaient. Parfois, pour faire passer le temps, elles s’asseyaient à la fenêtre et regardaient vers le village. En certains endroits du village, où le chemin était plus élevé, elles pouvaient voir des voitures passer sur la route. Quand il y en avait plus que l’ordinaire, elles supposaient que c’était un enterrement.

Un certain soir de novembre en 1918, elles furent bien surprises d’apercevoir le village tout illuminé. Pendant la guerre (la Première Grand Guerre) les autorités avaient demandé aux gens de tenir les rideaux bas le soir. Malvina et Mabel en conclurent que la guerre était maintenant finie. Ce qui était vrai.

Le phare dont Charles Amand fut gardien n’existe plus. Il fut brûlé dans un orage de tonnerre vers les année 1945. Le nouveau phare est plus élevé que l’autre et il a été construit complètement à l’écart des deux maisons qui abritent les deux familles des gardiens, car maintenant il y a deux gardiens.

On a souvent parlé du grand puits de L’Île Rouge. C’est en effet un puits d’une grande profondeur, mais il n’a pas 80 pieds de creux comme certains ont semblé croire. Selon Abel Surette, fils de Charles Armand Surette, il ne dépasse pas 48 pieds. Abel devrait savoir, car il l’a mesuré lui-même. C’est tout de même merveilleux qu’on ait pu creuser un puits de cette profondeur, sur une île, alors que tout ce travail se faisait à la main.

N.B. qu’en anglais l’Île Rouge s’appelle «White Head».

Il serait peut-être intéressant de mentionner aussi que le premier phare installé en Nouvelle-Écosse fut celui de Sambro aux approches d’Halifax. Celui-ci date de 1758. Voir le livre publié récemment par l’amiral Hugh F. Pullen intitulé «Sea Road to Halifax».

Dons
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