N.B. le document ci-dessous est reproduit tel qu’écrit.

Bicentenaire de nos villages
(1767-1967)

L’année 1967 marque l’anniversaire d’événements qui ont eu leur importance au cours des siècles. Ce fut, par exemple, en l’an 67 que les deux grands apôtres St Pierre et St Paul subirent le martyre. Mille ans plus tard, en 1067, Guillaume le Conquérant, parti des côtes de la Normandie, achevait sa conquête de l’Angleterre. En 1867, les Provinces canadiennes s’unissaient en Confédération sous un même gouvernement, dont on célèbre cette année à qui mieux le premier centenaire.

L’année 1967 marque encore un autre centenaire qui touche de beaucoup plus près la grande majorité des lecteurs du Petit Courrier (un journal français de notre région). Ce fut en effet en 1767 et les quelques années qui suivirent que prirent naissance les villages acadiens des comtés de Yarmouth et de Digby. En 1767 vinrent s’établir dans le comté de Yarmouth un certain nombre de familles acadiennes qui y ont laissé leur nom. C’est également l’année où Joseph Dugas s’aventura sur les côtes de la Baie Ste-Marie afin de s’y choisir un site où, l’année suivante, il pourrait venir s’installer avec sa famille.

Parmi ces pionniers, fondateurs de nos villages, les uns avaient été exilés au Massachusetts. Les autres avaient pu échapper à l’exil, mais non pas à l’emprisonnement qu’ils durent subir à Halifax, à Annapolis, à Pisiquid (Windsor), ou au Fort Cumberland. Quelques-uns avaient réussi à se tenir cachés durant tout le temps de la tourmente, grâce à leur ingéniosité et à l’hospitalité bienveillante de leurs amis les Sauvages.

Le Traité de Paris en 1763, en mettant fin à la Guerre de Sept Ans, allait établir la paix entre la France et l’Angleterre. Mais il ne mettait pas fin immédiatement aux intentions hostiles du gouvernement de la Nouvelle-Écosse envers les Acadiens.

Ce ne fut que l’année suivante que ce même gouvernement, par un acte du 28 septembre, autorisa «les habitants français à devenir colons dans la province», à condition de prêter le serment d’allégeance. Cinquante arpents de terre seraient assignés à chaque chef de famille et en plus dix arpents à chacun des autres membres, pourvu cependant que ces terres soient éloignées de la mer, afin de prévenir tout rapport entre ces colons d’origine française et les îles de St Pierre et Miquelon. En plus il était stipulé que le nombre de familles à pouvoir s’établir serait limité à un tel point que le sud-ouest de la province ne devait recevoir que trente de ces familles françaises.

Ces clauses restreignantes, qui, disons le immédiatement, ne furent jamais observées, durent rendre hésitants les braves Acadiens qui revenaient nombreux à leur pays d’origine, où ils rêvaient posséder des terrains étendus qu’ils pourraient cultiver et léguer à leurs enfants, à proximité des côtes d’où ils pourraient se livrer à la pêche et communiquer facilement d’une place à l’autre. Mais fatigués de l’exil, ou de la prison, ou d’une vie errante, ils se décidèrent, un certain nombre au moins, de s’acheminer vers le sud de la province pour y jeter en terre les fondements d’établissements, lesquels, après deux siècles, sont devenus les villages acadiens souriants et prospères d’aujourd’hui des comtés de Yarmouth et Digby.

Ils ne furent pourtant pas les premiers Acadiens à venir s’y établir. Ils avaient été devancés en effet par Joseph Moulaison qui déjà en 1764 était solidement installé aux Buttes Amirault, que l’on doit considérer comme le premier village acadien qui fut fondé après l’Expulsion dans la partie sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. (Nous en parlerons la prochaine fois.)

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En cette même année, 1767, un autre village important prenait naissance, celui du Sainte-Anne-du-Ruisseau, dont le berceau semble avoir été la Pointe-à-Rocco. C’est ici en effet que s’établirent, avec leurs parents, Joseph, Pierre et Louis Mius. Joseph mourra vieux garçon. Pierre se maria en cette même année, 1767, à sa cousine Cécile Amirault, soeur de Marguerite (femme de Pierre LeBlanc); l’abbé Bourg l’autorisera à faire les baptêmes et à recevoir le consentement de ceux qui voudraient se marier pendant l’absence du prêtre. Louis est mieux connu par son fils aîné, appelé également Louis, plus connu comme P’tit Louis ou encore «Pee Wee», dont les anciens se rappellent encore du nom.

Il semble bien que c’est encore au voisinage de la Pointe-à-Rocco, mais plus vers le haut de la rivière, qu’alla s’établir Pierre LeBlanc qui était revenu d’exil avec les autres susnommés. Les anciens se rappelleront du nom des fils de Pierre LeBlanc, à savoir, (1) Honoré, dont la postérité s’est multipliée «comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer»; (2) Joseph, dont le sobriquet «Guelou» est encore souvent mentionné, surtout à la Rivière Abram; et (3) Charles, que le Père Sigogne choisira pour son sacristain.

En 1776, on compte déjà dix bâtisses à la Pointe-à-Rocco, quatre à l’est de la rivière Abram et trente-deux à partir d’ici en allant vers ce qui est appelé aujourd’hui «Lower Eel Brook», en passant par ce que les anciens ont continué d’appeler après les Sauvages «Poccadiche». C’est un développement considérable. Des auteurs, (v. g., Campbell, Yarmouth, p. 73), font arriver à Sainte-Anne-du-Ruisseau en 1767 les familles de Jean Bourg, de Dominique Pothier, de Joseph Babin et de Pierre Surette, quoique d’après les registres de l’abbé Bailly ces Acadiens étaient encore à Halifax en 1769.

Malgré cela, le 5 octobre 1767, en réponse à 18 familles dites «acadiennes de la région du Cap Sable», (qui s’étendait alors de la côte à partir des environs de Barrington jusqu’à Yarmouth presque), qui demandaient des terres pour s’y établir, le Conseil du gouvernement de Halifax fut d’avis de «leur donner des terres dans le voisinage de Barrington et de Yarmouth, à la condition que ces familles prennent le serment d’allégeance». On vit dans la suite surgir d’autres villages acadiens dans le comté de Yarmouth. Nous en parlerons la prochaine fois.

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Auquel des Amirault les Buttes sont-elles redevables pour leur nom? Il est certain que Jacques Amirault, fils, s’y établit à permanence en 1767. Mais il y a des indices que Ange Amirault, que l’on considère pourtant comme le principal fondateur du village acadien de Pubnico-Est, accompagna d’abord son frère aîné aux Buttes qui devaient désormais porter leur nom; en effet son fils Cyriaque, né le 21 novembre 1767, vit le jour «en la rivière de Tousket du Cap Sable», nous dit l’abbé Bailly. La même chose doit se dire de Abel Duon, que l’on considère comme l’un des fondateurs de Pubnico-Ouest; le Père Bailly fait naître son fils Augustin le 10 août 1768 «à Tousket». Or il est invraisemblable que l’abbé Bailly ait confondu Tousket avec Pobomcoup. Disons en passant que Cyrille, l’aîné des fils de Joseph d’Entremont, né le 4 mars 1767 «au Cap-Sable», doit être considéré, d’après les documents qui sont parvenus jusqu’à nous, comme le premier enfant acadien né au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse après la Dispersion.

Ce fut bien en 1767 que les Belliveau vinrent s’installer à Pubnico-Est. Si Ange Amirault ne s’y installa pas en cette année, on peut croire qu’il y vint l’année suivante. Il y était à l’été de 1769 lorsque l’abbé Bailly passa par ici. On a dit que son père et sa mère habitèrent avec lui, à sa maison construite pièce sur pièce sur le terrain actuellement occupé par la compagnie «Sealife Fisheries Limited».

La maison à Benoni d’Entremont. Construit en 1799, elle est la plus ancienne à Pubnico-Ouest encore debout.

Maison Benoni d'Entremont 1799

En 1767, Benoni revint d’exil, dix ans après l’Expulsion des Acadiens. En 1783, il épousa Anne Marguerite Pothier.
Le premier document qu’on retrouve est daté de 1799 et on y lit que Benoni et Paul, son frère, demeurèrent dans la maison. Il est possible que la maison soit plus vieille que ça si elle fut bâtie à l’occasion de son mariage, mais il n’y a aucune preuve qui indique une autre date.
C’est la plus vieille maison connue de Pubnico-Ouest. Le petit-fils de Benoni, Cyriaque, mourut à l’âge de 101 ans.
La maison est maintenant la propriété de Delmar, descendant directe de Benoni, 5e génération.

Quant à Abel Duon, s’il ne vint pas à Pubnico-Ouest dès 1767, il y était lorsque le Père Bailly y fit sa visite en 1769. Il est certain que Joseph d’Entremont s’y installa en 1767, probablement au printemps, avec sa famille, sa mère et ses deux frères, et qu’il construisit une maison pièce sur pièce là où se trouve aujourd’hui l’école consolidée. Cette région était appelée alors l’Île-de-Grave. Les parents de ces d’Entremont leur écriront de France: «Vote mère nous dit que vous êtes logés à l’Île-de-Grave. Est-ce (parce) que les Anglais ont pris les anciennes habitations que vous n’êtes pas logés dessus?» Oui, il en était bien ainsi. Cependant, Paul et Benoni, qui se marièrent après cette date, auraient voulu aller s’installer vers la région qui les avait vu naître, vers Shelburne et Barrington. Mais ils finirent par s’établir définitivement à Pubnico-Ouest, Paul peut-être sur les hauteurs au sud du Point du Marais, où en 1776 on trouve quatre bâtisses, et Benoni proche de l’emplacement de l’ancienne église et du vieux cimetière, où il construisit en 1799 une maison qui est encore debout, la plus ancienne qu’il y a à Pubnico-Ouest. Abel Duon, pour sa part, érigea sa maison un peu au nord de celle de Joseph d’Entremont; on a même dit que ce fut à 60 pieds à peu près au sud de la maison occupée dans la suite par Liguori Surette, aujourd’hui par Antoine d’Entremont marié à Chantale Surette.

Dons
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