Extrait de Histoire de Sainte-Anne-du-Ruisseau, Belleville, Rivière-Abram écrit par Clarence-J. d’Entremont (pp. 51-60):

Le Père Sigogne

Le Père Jean-Mandé Sigogne naquit le 6 avril 1763 à Beaulieu, commune voisine de Loches, département d’Indre-et-Loire, France. Son père s’appelait Mandé Sigogne et sa mère Marguerite Robert. Ordonné prêtre en 1787, il fut nommé à l’automne de cette année vicaire à la paroisse Manthelan, diocèse de Tours, où il devait exercer le saint ministère pendant quatre ans, jusqu’en 1791.

Un an plus tôt, novembre 1790, le gouvernement français avait voté la séparation de l’Église de France d’avec Rome. Le Père Sigogne n’hésita pas un instant à rester fidèle à son alliance avec Rome, malgré les supplications de son père. Il finit par se rendre en Angleterre, en 1792, où il occupa différentes fonctions, donnant des leçons de français, de latin et de géographie.

Dans les entrefaites, les Acadiens du sud et du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse réclamaient un prêtre. Après de longues démarches, Mgr Lamarche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, exilé en Angleterre, où il s’occupait des prêtres français qui s’y trouvaient, pouvait écrire en date du 15 avril 1799 à l’évêque de Québec:

Je viens de procurer le passeport du gouvernement à un bon et vertueux ecclésiastique, nommé M. Sigogne, qui est parti pour aller travailler sous vos ordres à Halifax.

Son arrivée à Halifax

Le Père Sigogne s’embarqua à Blackwall, près de Londres, le 14 avril 1799 sur un bâtiment anglais, le «Stag», qui leva l’ancre le 16, pour arriver à Halifax le 12 du mois suivant. Il devait y séjourner un couple de semaines chez le Père Jones. Il débarquait à la Pointe-à-Rocco le 4 juillet, ayant fait le trajet d’Halifax dans la barque de pêche d’un Basile Bourque.

Début de son ministre

En arrivant à Sainte-Anne-du-Ruisseau, il alla loger chez Joseph Bourque, frère de Basile.

Le 7 juillet, il fit ses premiers baptêmes à Sainte-Anne-du-Ruisseau. Le 14 juillet, il était aux Buttes-Amirault. Le 20, il fit treize baptêmes à Pubnico.

Organisation paroissiale

Le 29 juillet, il partait vers Ste-Marie, dans le district de Clare, qui devait être désormais le lieu de sa résidence habituelle. Il y arriva le lendemain.

Il revint à Sainte-Anne-du-Ruisseau le 5 septembre. Il devait y séjourner onze semaines, jusqu’au 20 novembre.

Nominations

Six conseillers

Au cours de ces onze semaines dans la région du Cap-Sable, il s’occupa de régler de nombreuses questions pour la bonne marche de la vie religieuse chez ses ouailles. Le 20 septembre, il nommait six personnes pour faire avec lui les règlements nécessaires pour l’administration et le soin des affaires temporelles de l’église.

Ce furent Michel Boudreau, du Bas-de-Tousquet; Jean Bourg, de Sainte-Anne-du-Ruisseau; Benoni d’Entremont, de Pombcoup; Jean Mius, de la Pointe-du-Sault; François Gilis, de Sainte-Anne-du-Ruisseau; et Paul Surette, du même endroit. Ces nominations, dans le registre de la Fabrique, sont suivies de 44 noms de personnes, en incluant les six qui venaient d’être nommés, dont la plupart ont signé par une croix.

Deux marguilliers

Le même jour, ces six conseillers nommaient deux marguilliers, qui furent Paul Surette et Joseph Babin, tous deux de Sainte-Anne-du-Ruisseau, qui devaient rester en fonction jusqu’à la dernière visite du prêtre l’année suivante. Le 14 décembre 1800, Ange Amirault, de Pubnico-Est, remplaçait Joseph Babin, qui était le plus âgé des deux premiers marguilliers. Autrefois, les marguilliers étaient des personnes choisies pour administrer, avec le curé, les biens temporels de la paroisse. Un banc spécial leur était réservé dans l’église, en avant, que l’on appelait «le banc des marguilliers».

Un sacristain

Le 6 octobre suivant, on procéda à la nomination d’un sacristain, dont les fonctions devaient être multiples. Le choix tomba sur Charles LeBlanc, de Belleville. Le Père Sigogne énuméra ces fonctions dans le Registre de la Fabrique: Servir la Messe; donner au public le signal des offices; allumer et éteindre les cierges; entretenir la propreté dans l’église, la balayer, la laver; pourvoir à des rameaux pour le dimanche des Rameaux; accompagner le prêtre lorsqu’il va visiter les malades et leur apporter la communion; faire le pain (ou hosties) pour la Messe; assister aux enterrements et aux services (funèbres); distribuer le pain béni (lequel les paroissiens autrefois offraient à tour de rôle pour être béni au cours de la Messe et être distribué aux fidèles); assister le prêtre aux baptêmes et aux mariages; tenir le cimetière net de toutes broussailles et autres embarras; faire les fosses pour enterrer les morts; tenir les bénitiers propres. Comme salaire, chaque famille devait lui donner un demi-boisseau de patates au temps de la récolte, et, en plus, il devait recevoir un casuel ou honoraire aux baptêmes et aux cérémonies funéraires, selon le tarif déterminé par l’évêque.

Sages femmes

Le 27 novembre de cette même année (1799), le Père Sigogne nommait à Sainte-Anne-du-Ruisseau trois sages femmes: Anne Suret, femme de Dominique Pothier, Isabelle Mius, femme d’Amand LeBlanc et Marie Modeste Doucet, femme de Jean-Baptiste Mius, qui ont prêté en qualité de sages femmes le serment prescrit dans le rituel de ce diocèse.

Autres actes du Ministère

Durant ce long stage dans la région du Cap-Sable au cours de cet automne de 1799, le Père Sigogne administra le sacrement de mariage à un certain nombre de personnes. Il s’est agi surtout de revalidations de mariages contractés auparavant devant témoins, faute de prêtre. Il y eut également un certain nombre de baptêmes.

Il partit pour la Baie Sainte-Marie le 20 novembre.

Règlement

Ce fut au cours de ce stage de onze semaines dans la région du Cap-Sable que le Père Sigogne voulut soumettre ses paroissiens à un règlement qu’il fit adopter sous serment. Il comportait 28 articles, précédés d’une introduction, «pour remédier aux vices qui sont opposés à … la religion de J.-C., et afin que chacun connaisse son devoir…».

Les premiers articles portent sur la nomination de quatre anciens qui devaient juger conjointement avec le curé les différents qui pourraient s’élever parmi les habitants, auxquels doivent être ajoutés des «Assesseurs» qui agiront si le curé se trouve absent. Ces personnes devaient être proposées par le curé et approuvées par les fidèles. Ces anciens devaient voir à ce que les fidèles de leur canton fassent leur devoir de chrétien. En cas de scandale, le coupable devait être averti secrètement de revenir sur le bon chemin. Si, après trois avertissements, il ne s’amanda pas, il sera dénoncé au prône.

Un ou deux cathéchistes devaient être élus pour chaque canton, aillant comme devoir de faire le cathéchisme aux enfants le dimanche et trois fois au cours de la semaine.

Chaque chef de famille était tenu d’approuver ce règlement, sans quoi il n’aurait pas eu le privilège d’avoir un banc à l’église. S’il refuse de contribuer à la dépense du culte, il ne sera reçu à l’église qu’à Pâques.

Il y a un article qui demande que le règlement soit présenté à l’évêque, lors de sa visite épiscopale, pour son approbation. À tous les six ans, le paroissiens seront appelés à approuver de nouveau ce règlement.

Les 28 articles sont suivis de la note que voici:

Nous, habitants catholiques de la paroisse de Sainte-Anne du Cap-Sable, «Anglice» Argyle, assemblés aujourd’hui vingt-quatre octobre mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf, voulant faire notre salut en vivant chrétiennement, acceptons librement et de bon coeur ce présent règlement dans toute sa teneur; et promettons sincèrement devant Dieu, sur les saints Evangiles, de l’observer fidèlement et de nous y soumettre. En foi de quoi nous signons et l’approuvons en y mettant notre nom et nos marques.

Suivent 22 signatures et la marque de 46 autres, pour un total de 68 hommes approuvant le règlement.

Dons
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